Le jour J de Lionel

Publié le par truitepassion.over-blog.com

Le jour J de Lionel
Le jour J de Lionel

Quelques mots sur l’ouverture : Une nouvelle année / Une nouvelle saison. 2015 risque fort de ressembler en terme de niveaux d’eau à 2014 vu les hauteurs d’enneigement et les belles écharpes blanches qui sont venues habiller les Pyrénées ces dernières semaines. Il ne faudra pas compter sur une hyper activité du côté des truites… Profitons surtout de nous retrouver entre passionnés et de faire cause commune avec la nature renaissante.

L’année passée, l’ouverture m’a gratifié de quelques belles captures malgré des eaux blanches et hautes. Je me contenterais bien du même résultat cette année… Mais surtout, au-delà du résultat, le bruit de l’eau et son environnement sauvage sauront réveiller en moi cette accoutumance si indispensable à mon bon équilibre intérieur. Et là est bien le principal !

37ème anniversaire d’ouverture, les histoires ne manquent pas. Les souvenirs non plus. Et toujours la même joie qui sommeille et qui se réveille lentement à l’approche de cette date.

En 1976, je déménageai et suivis mes parents. Je quittai le midi et son beau soleil pour les paysages de montagne et leurs belles vallées verdoyantes. Nous allions vivre en compagnie de mes grands-parents qui perdaient en autonomie. Ils habitaient en face d’un ruisseau. Mon père étant un pêcheur, j’eus vite compris que cette activité deviendrait ma muse. Après avoir fait mes premières armes sur vairons et goujons, je me rendis vite compte que d’autres habitantes à nageoires bien plus discrètes et de plus grandes tailles se cachaient sous les berges et leurs frondaisons. Aimant bien relever les défis et grâce à mon endurance et ma détermination, je réussis à capturer après plusieurs essais une truitelle dans le trou le plus proche de mon nouveau chez moi. Je l’avais une fois aperçue, elle habitait là elle aussi, en voisine. Je connus de nombreux échecs pas manque de discrétion, chose pour laquelle vairons et goujons ne m’avaient pas habitué. Mais un jour…

Les années passants, je me mis à sillonner les ruisseaux alentours, à pied, à vélo, en mobylette… Toujours étendre mon rayon d’action et découvrir. Mon apprentissage quasi autodidacte complété par les conseils de pratique et de montage de mon père me permirent de vite comprendre la pêche au sein d’un écosystème ruisseau. Se débrouiller seul au milieu d’une rivière et de son corridor végétal est une bonne école. Au fil du temps, l’expérience grandissait et les captures suivaient par force.

La plus belle année du point de vue émotionnel est sans doute ma cinquième ouverture. Du haut de mes dix ans, j’avais déjà une petite expérience de la pêche à la truite au toc sur les ruisseaux du Béarn. Ce samedi, je décidais d’aller pêcher sur la « grande rivière » large de 5 mètres à même pas 1 kilomètre de la maison. Comme les grands, je déjeunais alors qu’il faisait encore nuit afin d’être au bord de l’eau pour l’aube. Mon père était debout lui aussi et projetait d’aller ouvrir cette saison sur le gave d’Oloron. Les semaines précédentes, j’avais repéré quelques belles fario sur la zone concernée. Mon inventaire, je l’effectuais grâce aux morceaux de pain que je faisais suivre dans ces phases de prospection. En modelant des boulettes de mie, j’agissais comme devant chez moi, je donnais à manger aux poissons qui aimaient bien ça d’ailleurs. Mais là point d’apprivoisement, j’utilisais ce stratagème pour découvrir de futures victimes qui viendraient plier ma canne à toc en fibre de verre. Je savais correctement lire la rivière et les postes à truite donc je savais où lancer pour vérifier si le poste était habité. Le recensement était fait et mon ouverture programmée.

En ce temps là, les ruisseaux de plaine étaient encore très peuplés en truites, l’eau coulait toute l’année en quantité suffisante, les rivières et leurs berges étaient vivantes et n’avaient pas encore subi les effets du remembrement et l’agriculture intensive. Les pêcheurs étaient nombreux à fréquenter les ruisseaux.

D’ailleurs, en cheminant vers mon premier poste à la lueur du premier jour, déjà une voiture garée sur le bas côté et un pêcheur s’affairait à l’arrière. Me voyant passer d’un pas décidé, il m’apostropha en m’interrogeant sur les coins à truites du coin et les probables empoissonnements dont il avait entendu parler. Je savais qu’habituellement, au niveau du pont en aval, étaient effectués annuellement des lâchers et je lui en fis part. Malheur à moi, me voyant au courant de ces opérations, il décida de me suivre à distance. Je passais ma matinée à partager les coups avec ce monsieur avec qui je dus aussi partager poissons sauvages et truites surdensitaires. Je râlais intérieurement d’avoir été trop bavard…, peut-être ce qui me permet aujourd’hui de garder quelques secrets.

A l’approche des dix heures, mon panier vert en plastique était déjà bien rempli et me tirait sur l’épaule. Il était l’heure pour moi de rejoindre l’école située quelques centaines de mètres plus haut sur la colline pour partager mon récit et le résultat de ma pêche. J’aurais normalement dû être aux côtés de mes camarades, sur les bancs de la classe ! Mais mes parents compréhensifs m’avaient autorisé à vivre ce moment si spécial et si vital pour le petit bonhomme que j’étais. Ma fierté me poussait à retrouver mes camarades à l’heure de la récréation et leur montrer mes prises. Je savais qu’en restant discret, je pourrais éviter de croiser ma maitresse. L’heure de la sonnerie, je devenais rapidement le centre des discussions auprès de mes camarades plantés de l’autre côté du portail d’entrée. Et voilà que je me fis piquer par « maitresse » : « Lionel, que fais-tu là ? Pourquoi n’es-tu pas venu en classe ce matin ? Tes parents sont-ils au courant… ? ». Aïe !

Pour la petite histoire, le récit fit bruit dans le village, et quelques années plus tard, le mari de la « maitresse », connaissant ma passion pour la truite et sa pêche, m’embaucha pour diriger la première école de pêche créée sur Oloron Sainte-Marie et le bassin des gaves.

Voilà un des bons souvenirs que je garde de ma jeunesse et ma première ouverture à dix ans vécue de façon autonome.

Pour revenir sur l’époque, la tradition était de conserver les poissons capturés. Il ne manquait pas de truites et il était possible parfois d’en attraper plusieurs sur un même coup. Chose impensable aujourd’hui, tant ces cours d’eau où je m’employais à pêcher ont changé. Malgré tout, à ma grande satisfaction, ces dernières années humides ont regonflé les nappes phréatiques et la vie piscicole renaît sur ces ruisseaux de plaine. Peut-être aussi délaissés par quantité de pêcheurs qui ne prennent plus le permis et non remplacés par de plus jeunes. Pour preuve de ce retour de vie, il y a quelques jours, devant chez mes parents qui habitent toujours près du ruisseau de mes débuts, j’ai pu donner à manger comme à mon plus jeune âge quelques boulettes de mie de pain à de belles truites sauvages dont l’une mesurant un bon 35 centimètres. Quel bonheur d’assister à une telle vie !

Pour conclure, je vous souhaite de vivre une agréable ouverture qui peut être vous procurera à vous aussi des souvenirs impérissables !

Au plaisir,

Lionel Armand

Vous pouvez retrouvez Lionel sur le site Pezon & Michel , ainsi que sur son site & son blog voici les liens :

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Commenter cet article

Jacky T 10/03/2015 20:34

Une bonne lecture, pour moi qui n'aime pas lire généralement, là je prends le temps de.
Merci encore . Bonne pêche 2015

vicking38 10/03/2015 20:11

merci pour ce beau récit